Indigo à perte de vue, romans-photos ivoiriens des années 70, artistes qui ont choisi la campagne plutôt que Paris… Cette nouvelle saison est franchement réussie. Voici nos cinq coups de cœur, à voir jusqu'au 14 février 2027.
1. Valérie John, l'indigo comme mémoire
C'est la claque visuelle de la saison ! Dans la Grande Verrière, la Martiniquaise Valérie John a déployé des tissus bleus partout : au mur, au sol, suspendus dans le vide. On passe du bleu le plus profond à un noir presque brillant, d'où le titre de l'expo, « I telman nwè ki i blé », « si noir que cela en devient bleu » en créole. Née à Fort-de-France en 1964, l'artiste a appris la teinture à l'indigo au Sénégal, où elle vit encore en partie. Elle récupère des pagnes, des papiers, des vieux livres, puis les assemble en couches successives. Chaque morceau porte une histoire : l'eau, le deuil, la mémoire qui relie l'Afrique et les Caraïbes.
Valérie John, I telman nwè ki I blé, 2021. Courtesy de l'artiste ©Adagp, Paris, 2026
Bon à savoir : du 12 au 14 février 2027, la chorégraphe Christiane Emmanuel viendra danser au milieu des œuvres, une performance de 45 minutes dont Valérie John avait signé le décor en 2010.
2. « Toi et ta bande », l'art loin des villes
Une vingtaine d'artistes et de collectifs, avec un point commun : ils créent loin des grandes villes. Dans les Cévennes, en Corse, en Bretagne, en Guadeloupe, dans les Hautes-Pyrénées ou au Pays basque. Et ils cassent au passage le cliché d'une campagne qui vivrait à la remorque de la ville.
Le fil rouge, c'est la « topophilie ». En clair : l'amour qu'on porte à un lieu, ce lien affectif qui nous attache à un territoire. Collectifs d'artistes, chorales, groupes de lycéens, communautés de vie ou de lutte, l'expo parle surtout de nos manières d'être ensemble. Le titre vient d'ailleurs d'une œuvre de Gina Proenza, les mots « toi et ta bande » écrits en paille sur le mur.

Angèle Dumont et Lea Lerma, série Nocturama 2021-2026. Courtesy des artistes © ADAGP, Paris, 2026.jpg
On a adoré les photos d'Angèle Dumont et Léa Lerma, des scènes nocturnes entre potes, assis sur le trottoir devant une porte entrouverte. Et ne ratez pas la pièce qui recrée un appartement des années 70, on s'y croirait.
Commissariat : Liza Maignan. Concerts le 12 novembre à 19 h, rencontre le 14 novembre à 16 h.
3. Paul Kodjo, le roi du roman-photo ivoirien
C'est la découverte de la saison, et la toute première grande expo du photographe en France. Né en 1939 et mort en 2021 à Abidjan, Paul Kodjo étudie la photo à Paris à la fin des années 60. De retour en Côte d'Ivoire en 1970, il fonde son agence, MAMEDIS, entre photo, cinéma et édition.
© Paul Kodjo, sans titre, série Les soirées dansantes, années 1970
Sa spécialité : le roman-photo. Il est l'un des premiers à s'y essayer en Afrique de l'Ouest, avec des histoires d'amour à rebondissements publiées dès 1971 dans l'hebdo Ivoire Dimanche. Les titres donnent le ton : Marthe l'ingrate, Celle qui portait malheur, Deux femmes un homme. Mais il photographie aussi les nuits d'Abidjan, les soirées dansantes, les pattes d'eph' et les coupes afro, en plein « miracle ivoirien ». Résultat : des tirages noir et blanc ultra stylés, qu'on a envie d'encadrer chez soi.
4. Sonia Gomes, des tissus qui prennent vie
On reste dans le textile avec la Brésilienne Sonia Gomes, née en 1948. Son parcours est déjà une histoire : avocate pendant des années, elle se lance dans l'art à la quarantaine et devient l'une des grandes figures de la scène contemporaine. Sa méthode : récupérer des tissus trouvés ou donnés, des cordes, des broderies, des bouts de bois, puis les nouer, les tordre et les assembler. Ses sculptures, accrochées au mur, posées au sol ou suspendues, ressemblent à des organismes vivants. Le rouge revient partout, comme un fil conducteur. Derrière la douceur des matières, un propos fort : l'héritage afro-brésilien, la mémoire de la colonisation et ce qu'on transmet d'une génération à l'autre. À voir dans la galerie Wilson, sous le titre « Cœur sauvage ».
© Sonia Gomes, Aninhado, 2019. Courtesy de l’artiste et Mendes Wood
5. Lassana Sarre, les agents de sécurité en héros
Celle-là, vous la verrez dès l'entrée, dans le hall. Le peintre Lassana Sarre, né en 1994 à Paris et qui a grandi à Vitry-sur-Seine, a partagé le quotidien des équipes de sécurité du Palais de Tokyo. Leurs rondes, leurs pauses, leurs repas, leurs petites discussions.

Il en a tiré d'immenses peintures murales, des toiles et une création sonore. Ceux qu'on croise sans jamais vraiment les regarder deviennent soudain les stars du musée. Nourri de Velázquez, Courbet ou Manet, il interroge au passage la place des corps noirs dans l'histoire de la peinture. Une idée simple, et très juste.
Du bleu de Valérie John aux nuits d'Abidjan de Paul Kodjo, en passant par les campagnes de « Toi et ta bande », cette saison parle au fond d'une seule chose : ce qui nous attache à un lieu, et aux gens qui l'habitent. Et il y a de fortes chances que vous ressortiez du Palais avec l'envie d'y revenir. Bonne nouvelle, vous avez jusqu'au 14 février !
« Tous les feux, les fleurs »
Palais de Tokyo
13, avenue du Président-Wilson – 16e
Jusqu'au 14 février 2027
Tous les jours sauf le mardi, de 12h à 22h (jusqu'à minuit le jeudi)
Plein tarif 13 €, réduit 9 €, gratuit pour les moins de 18 ans
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