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Un nouveau coffee shop ouvre tous les trois jours à Paris, pendant que les bistrots disparaissent

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Rachel Thomas

Soyons honnêtes : on adore. On y travaille, on y donne nos rendez-vous, on y brunche le dimanche et on y commande sans sourciller des boissons vertes, roses ou violettes à 7 €. Le coffee shop est devenu notre bureau, notre salon et notre spot photo préféré. Mais à force d’en croiser un à chaque coin de rue, parfois deux sur le même trottoir, une question finit par s’imposer : comment en est-on arrivé là ? Et surtout, pourquoi absolument tout se transforme-t-il en coffee shop ?


Invasion de coffee shop

Les chiffres confirment ce que vos yeux vous disent déjà. La France compterait aujourd'hui environ 3 500 coffee shops, dont près de 1 400 à Paris, selon les données du Collectif Café. Et le mouvement ne ralentit pas : 165 coffee shops indépendants ont ouvert à Paris en quinze mois, entre 2025 et 2026. Selon une étude, un nouveau coffee shop ouvre tous les trois jours à Paris. Autrement dit, pendant que vous lisez cet article, quelqu'un est probablement en train de choisir la déco de son futur comptoir.

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En plus, ils se ressemblent tous

Murs aux teintes unies, touches de bois clair ou foncé, plantes vertes et vaisselle en céramique faite main : le décor est posé, et c'est le même presque partout. Côté carte, même refrain : matcha, ube, dirty chai, banana bread, cookie, cinnamon roll. Le problème n'est donc pas seulement leur nombre. C'est qu'à force de vouloir créer le coffee shop parfait pour Instagram, tout finit par se ressembler. Bienvenue dans l'ère de la coffee-shopisation.

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D'où vient le coffee shop ?

Le café comme lieu de vie n'a rien de nouveau à Paris : le Procope ouvrait déjà ses portes en 1686. Mais le coffee shop tel qu'on le connaît aujourd'hui nous vient plutôt des États-Unis. Columbus Café ouvre son premier établissement en France en 1994, Starbucks débarque en 2004. Depuis, le modèle s'est largement démocratisé, et pour cause : il colle parfaitement à notre époque. Un café, du Wi-Fi et une jolie déco, et voilà un bureau, un lieu de rendez-vous et un spot Instagram réunis au même endroit.


Pile au moment où les bistrots disparaissent

Le timing n'est pas anodin. À la fin des années 1960, la France comptait environ 200 000 cafés. Aujourd'hui, il en resterait autour de 30 000. Pendant que les bistrots traditionnels ferment, les coffee shops récupèrent une partie des locaux laissés vacants.

Plus petits, souvent sans vraie cuisine, ils peuvent tourner autour de quelques produits très rentables. Le coffee shop n'a donc pas seulement créé un nouveau marché : il s'est aussi glissé dans la place laissée vide par le bistrot du coin.


Pourquoi ça marche aussi bien

Parce que le modèle coche à peu près toutes les cases de l'époque. Le télétravail : on peut y passer deux heures avec son ordinateur sans qu'on vous regarde de travers. Instagram : chaque latte se transforme en story Instagram. Le lifestyle : café, pâtisserie, déco, musique, parfois vêtements ou livres… le lieu devient une expérience. Le matcha : la star incontestée des cartes, qui a rendu pas mal de monde accro. En fait, le coffee shop ne vend plus seulement du café. Il vend un moment. 

Comment ça peut marcher ? 

Sur le papier, les boissons offrent des marges confortables : le coût des matières premières est faible par rapport au prix affiché. Mais derrière le joli comptoir, il y a un loyer (parisien, qui plus est), des salariés, des charges, du matériel, des matières premières… et surtout la nécessité d'avoir des clients, beaucoup, tout le temps. Pour qu'un petit établissement tienne, il lui faut un flux constant. Selon le cabinet Xerfi, plus de la moitié des entreprises du secteur sont en perte. Ce n'est pas parce qu'un café coûte une trentaine de centimes à produire qu'il suffit d'en vendre trois pour devenir millionnaire.


Et le matcha à 8 €, alors ?

Là, il faut être juste : contrairement à l'espresso, le matcha peut coûter nettement plus cher aux professionnels. Ces dernières années, la demande mondiale a explosé alors que la production japonaise est sous pression, et les cours ont atteint des niveaux records. La poudre verte suscite aussi quelques inquiétudes sanitaires, liées à d'éventuelles traces de métaux lourds et de polluants. Mais bon, même avec ces explications, lâcher 8 ou 9 € pour un matcha passe toujours aussi mal. Même avec du lait d'avoine.

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Tout devient un coffee shop

Personne n'a rien contre un bon flat white. Ce qui coince, c'est l'uniformisation : une rue avec quatre coffee shops mais plus de librairie. Un quartier où trois boutiques indépendantes ont cédé la place à trois concepts quasi identiques. Des commerces qui changent, mais une esthétique qui, elle, ne bouge pas.

Derrière le phénomène se joue une question bien plus large : à quoi voulons-nous que nos quartiers ressemblent ? À une succession de lieux rentables et instagrammables, ou à des commerces différents les uns des autres, qui répondent à des besoins variés ?


Et après ? Vers la fin de l'âge d'or

Le marché finira forcément par se calmer. Xerfi juge même une rationalisation du parc inéluctable à moyen terme. Certains quartiers arrivent déjà à saturation, et les clients ne pourront pas éternellement payer 7 € leur boisson dans un décor beige. Les coffee shops qui resteront devront sans doute proposer autre chose : une vraie torréfaction, une pâtisserie réellement maison, une identité forte, un lieu qui ne ressemble pas à celui d'en face. Parce qu'à la fin, un joli comptoir, du matcha et une prise électrique ne suffiront peut-être plus.

Et vous, c'est quoi le prix le plus abusé que vous ayez payé dans un coffee shop ? Un matcha à 9 € ? Un cookie à 6 € ? Racontez-nous (pour la science).