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Canicules : nos villes vont-elles un jour s'adapter aux étés à 40 °C ?

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Rachel Thomas

Face à la nouvelle vague de chaleur qui touche la France, le sénateur communiste Ian Brossat s'apprête à déposer une proposition de loi visant à réquisitionner les bâtiments climatisés inoccupés lorsque Météo-France place un département en vigilance orange ou rouge. L'idée ? Ouvrir au public les centres commerciaux, immeubles de bureaux ou équipements climatisés afin d'offrir des refuges temporaires aux personnes les plus vulnérables. Une mesure qui répond à l'urgence, mais qui soulève surtout une interrogation de fond : nos villes sont-elles encore adaptées au climat qui nous attend ?


Des canicules de plus en plus fréquentes

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Depuis 1947, la France a connu 51 vagues de chaleur. Plus de la moitié ont eu lieu depuis 2011, preuve que ces épisodes extrêmes deviennent progressivement la norme plutôt que l'exception. Et si on a le sentiment que chaque été bat un nouveau record, ce n'est pas seulement une impression.


Pourquoi fait-il si chaud en ville ?

En période de fortes chaleurs, certains quartiers urbains peuvent afficher jusqu'à 10 °C de plus que les campagnes environnantes. La raison porte un nom : les îlots de chaleur urbains. Béton, bitume, façades minérales, manque de végétation… Tous ces matériaux absorbent la chaleur pendant la journée avant de la restituer lentement durant la nuit. Résultat : même une fois le soleil couché, les températures restent élevées et empêchent les villes de véritablement refroidir.


La climatisation, indispensable… mais contre-productive

Dans ce contexte, difficile d'imaginer se passer de climatisation. Elle sauve des vies lors des épisodes de chaleur extrême, notamment dans les hôpitaux, les Ehpad ou les logements les plus exposés.

Mais elle présente aussi un revers. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la climatisation représente près de 7 % de la consommation mondiale d'électricité et environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Sans compter qu'elle rejette de l'air chaud à l'extérieur, ce qui contribue localement à réchauffer encore davantage les rues. Autrement dit, elle est devenue une réponse indispensable à court terme, sans pouvoir constituer la solution à elle seule.


Les bâtiments de demain pourraient se refroidir… sans électricité

Et si, au lieu de climatiser les bâtiments, on empêchait simplement qu'ils chauffent ? Le World Economic Forum a récemment classé les matériaux de refroidissement radiatif passif parmi les dix technologies émergentes de 2026. Leur principe est étonnamment simple : ces revêtements réfléchissent jusqu'à 95 % du rayonnement solaire et évacuent naturellement la chaleur vers l'espace, sans aucune consommation d'énergie. À terme, ils pourraient permettre de faire baisser la température intérieure de certains bâtiments de 5 à 10 °C, tout en limitant le recours à la climatisation.


Les villes devront surtout devenir plus vertes

La technologie ne suffira toutefois pas. Les urbanistes s'accordent aujourd'hui sur plusieurs leviers incontournables : planter davantage d'arbres, végétaliser les cours d'école, remplacer le bitume par des sols perméables, favoriser les bâtiments traversants qui laissent circuler l'air, multiplier les toitures végétalisées ou peintes en blanc pour réfléchir le soleil. Autrement dit, il faudra transformer les villes pour qu'elles restent habitables même lorsque le thermomètre dépassera régulièrement les 40 °C.


À quoi ressemblera la France en 2050 ?

Les projections de Météo-France donnent une idée de ce qui nous attend. D'ici 2050, la France devrait être en moyenne 2,7 °C plus chaude qu'au début du XXᵉ siècle.

Concrètement, cela pourrait signifier jusqu'à cinq fois plus de jours de canicule ; des températures supérieures à 40 °C devenant régulières dans plusieurs régions ; une forte augmentation des nuits tropicales, lorsque le thermomètre ne descend plus sous les 20 °C.

Pendant ce temps, les Nations unies estiment que près de 70 % de la population mondiale vivra en ville d'ici le milieu du siècle.

Pendant des décennies, nos villes ont été conçues pour la voiture. Le défi des prochaines années sera sans doute tout autre : imaginer des villes capables de protéger leurs habitants de la chaleur. Car les canicules ne sont plus un phénomène exceptionnel. Elles sont en train de redessiner notre climat… et bientôt notre façon de construire les villes.